Certaines nuits, je voudrais m’enflammer contre toi.

Lui et moi, on ne sait pas trop se dire les choses.
On s’oublie et on s’effleure. C’est comme une brûlure sur ma peau, ses mains, alors je ne bouge pas, j’attends. Sa bouche, ce serait le ruisseau, mon silence s’y abreuve. On chuchote parfois et on s’évite, souvent. On étire les instants. Je me tais. Je regarde. Je m’oublie et je renais, pour deux yeux dans le noir. On plante des fleurs dans le désert, pour le plaisir, on ne les arrose pas, jamais. On les regarde mourir, on observe la poussière qui s’entasse. On essaie. On rate la marche, on saute à côté. On sourit. On se laisse porter par le courant, celui de mon souffle dans son souffle. On se tait, on se reconnait. On se sait – un peu. On s’apprivoise, on oublie que ce n’est pas la première fois. On fait des vagues, je rêve d’ailleurs. On s’adoucit, je me tempête, j’orage et je pluie, sous les paupières. Je regrette, on recommence.

C’est un ballet sans notes,
c’est silencieux,
en équilibre,
je tombe.

 

III. Qu’est-ce que tu fais ?

Intérieur nuit. Fenêtre ouverte, volets fermés. Un lecteur CD posé au sol recrache le son des vagues dans toute la pièce. L’homme et la femme sont allongés sur un matelas à même le sol.

LUI : Qu’est-ce que tu fais ?
ELLE : J’attends.
LUI : Qu’est-ce que tu attends ?
ELLE : La tempête. La tempête va arriver.
LUI : Le vent se lève
ELLE : les nuages dansent
LUI : la Lune se voile
ELLE : l’océan gronde
LUI : et ta peau
ELLE : ma peau
LUI : ta peau nue
ELLE : ma peau de sable
LUI : sous mes doigts
ELLE : tes doigts sont
LUI : comme la pluie
ELLE : délicats. Ils caressent. Ils ruissellent. Ils embrassent.
LUI : Mes doigts sont une rivière
ELLE : sur ma bouche
LUI : ton cou
ELLE : mes seins
LUI : ton ventre
ELLE : mon ventre.
LUI : Et la tempête ?
ELLE : C’est un orage. C’est la foudre qui éclaire les falaises tout autour, c’est la lumière du phare qui tremble un peu.
LUI : Tu trembles ?
ELLE : Un peu.