À la (trop) lointaine.

Chère toi,

Tu le sais, je n’ai jamais su articuler les mots vrais. Les mots tempête, les mots frissons, les mots vérité grondent dans ma gorge mais ne savent éclore sur mes lèvres. Je chuchote pour le vent – mais le vent sait-il encore danser jusque toi ?
Tu le sais, puisque tu me connais, peut-être même mieux que moi. Tu le sais puisque tu me sais. Mais sais-tu que, dans mon silence, je te pense, je t’écris dans ma tête, sans jamais rien coucher sur le papier (la plume me fait peur, les mots qui traversent un océan sont-ils toujours vrais ?), je t’envoie, parfois, des éclats de lumière, le ciel de Toulouse, l’odeur des matins, la solitude des nuits, un mot qui me plaît, une phrase qui me touche, une étincelle qui me fait penser à toi. Je t’envoie des instants de vie que tu ne peux voir, toucher, sentir. Comment pourrais-je te raconter ?
Tu le sais, peut-être, dans mon mutisme, tu danses, immense et pleine de grâce, et si les semaines qui s’allongent voudraient, parfois, effacer le parfum de ta peau ou la couleur de tes yeux, je garde les souvenirs encrés à mon âme. Nos sursauts de vie, fragments de rire et scintillements de tendresse ne peuvent me quitter. Dans mes soupirs, que tu ne peux attraper, il y a le manque immense de nos regards qui veulent dire tant, de nos errances magnifiques, de nos lueurs de bonheur. Parfois j’aimerais simplement me retrouver près de toi et, je ne sais pas, ne rien dire peut-être, et respirer seulement.
Peu importent les promesses, puisque je ne sais les tenir. Peu importent les promesses, reviens-moi vite, je t’en prie. J’ai hâte, tu sais, de te serrer contre moi à nouveau, de t’écouter tout me raconter et de laisser ton souffle bercer une nouvelle fois mes insomnies.
(Reviens il nous faut aller à la plage en écoutant de la musique très fort, reviens, il y a tant de mots que je voudrais te lire à voix haute dans la nuit, reviens je voudrais photographier ton visage, arpenter le bitume pour se perdre n’importe où, dormir à Lyon et se noyer dans les nuits toulousaines, regarder les derniers Harry Potter, boire du thé et faire les courses, manger des crêpes, commander des diabolos violette au soleil, danser n’importe où, se sourire et puis vivre, créer des montagnes de souvenirs qu’on se racontera encore et encore comme pour les revivre, aller au théâtre, et puis, je t’attends pour regarder Les Ogres, c’est important, ça, non ?)

Tu me manques, plus que je ne saurais le dire, plus que je ne saurais l’écrire,
Je t’aime, plus que je ne saurais le dire, plus que je ne saurais l’écrire,

Clara

 

Et si nous avons pleuré ensemble ce jour de septembre où nous nous sommes quittés c’est qu’on savait que l’infini tendresse, la mémoire et le téléphone mobile sont peu de chose contre la distance, que tout allait changer.

À l’aube, Feu! Chatterton

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