La Rochelle

Début mars, j’ai laissé mes pas s’égarer à La Rochelle. Je suis partie seule, avec mes pensées en vrac, quelques livres, beaucoup de fatigue et un peu de noir. Je n’ai pas réfléchi longtemps à cette idée : partir seule n’était pas un choix, c’était un besoin. Il m’était nécessaire de me retrouver face à moi-même ailleurs qu’entre les quatre murs de ma chambre, il m’était nécessaire de respirer un air nouveau chargé d’iode, il m’était nécessaire de découvrir, à mon rythme, de petites rues inconnues, d’économiser mes mots et mes regards, de ne faire d’efforts que pour moi. J’avais besoin d’être égoïste.
Alors, début mars, j’ai laissé mes pas s’égarer à La Rochelle.

J’ai aimé La Rochelle. J’ai aimé La Rochelle pour l’Océan qui y danse, presque tendrement. J’ai aimé La Rochelle pour le sourire des inconnus, le soleil sur mon visage offert, l’Aquarium immense presque vide, la danse gracieuse des méduses, le bruit des vagues contre la coque des bateaux, les pavés et les arches. J’ai aimé La Rochelle pour le vent qui envole du haut des tours, qui soulève les vêtements, qui emmêle les cheveux et assèche les lèvres, la petite rue presque silencieuse,  les pâtisseries délicieuses, le si gentil bouquiniste dans sa toute petite boutique, mes pas sous la pluie, la fumée des cigarettes et l’ombre du voisin, à travers ses rideaux clos. J’ai aimé La Rochelle pour son chocolat viennois, ses bains un peu ratés, son marché aux jolis légumes, ses musées et son semblant de vie, ce presque vide qui résonne sur les villes côtières hors-saison – le temps s’y étire tout en langueur.

Si je te raconte tout ça, c’est parce que j’aurais peut-être moins aimé La Rochelle à deux, dans un brouhaha partagé, sans mon propre silence, si grand et si tendre, parfois. L’aurais-je trouvé si belle, si douce, si j’avais du accorder la cadence de ma marche, l’éclat de mon regard,  le rythme de mon souffle à ceux d’un(e) autre ?
Je n’avais jamais, avant, osé partir seule, même pour quelques minuscules jours, dans une ville dont j’ignorais tout. C’était, il me semble, un pas beaucoup trop grand pour l’angoissée que je suis. Il m’a fallu descendre du car pour y croire réellement : je suis là et j’existe. La Rochelle et son Océan m’ont rendue à la vie, un peu moins neuve, un peu plus salée. J’ai pu y reposer mes peurs, y épuiser mon corps, y laver mon âme. J’en garde l’envie, le besoin, que sais-je, de partir, à nouveau, de me dépasser encore, encore un peu.

(Et c’est fou le bien que peuvent nous faire, parfois, ces choses qui nous font si peur.)

 

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