Brève de carnet, 2

Envie d’un corps animal. Envie de mains noires, d’ongles sales, de terre que l’on gratte et d’un épiderme repu de chaleur. Envie de peau à peau, de contact toujours, de tendresse dans des dents qui se plantent, des doigts qui se raccrochent à la moindre parcelle de chair. Envie de souffles. Comme pour faire taire les pensées – envie de n’être qu’une enveloppe que l’on viendrait remplir. Envie de dormir n’importe où, contre n’importe qui. Envie d’herbe emmêlée à mes cheveux, d’un corps griffé et bleui. Marqué. Envie d’enfance, je crois. Envie d’être minuscule et sauvage, de bailler, de grogner, de sortir des crocs. Et de ployer sous la tendresse d’un seul regard, d’un seul geste, m’y étendre et m’en satisfaire. Plus envie de compter, de nommer, d’attendre, de complexifier, de cérébraliser. Envie de ressentir seulement.